A mi-chemin de la Cop 21 où en est-on ?
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La Cop21 de Paris-Le Bourget a commencé avec un peu d’avance le 29 novembre au soir. La volonté de tenir le rythme et les étapes de cette réunion de négociation a été sensible d’emblée. Un élément positif qui tient aussi aux enseignements de la déception de Copenhague : passer successivement les obstacles et à temps, est essentiel pour préserver les chances d’un accord global.

Si la présidence française appelle à l’adoption d’un accord définitif dès le 10 décembre pour qu’il soit ensuite formellement entériné, il est probable que les négociations se prolongent quelques heures jusqu’au samedi 12 décembre. C’est souvent le cas dans les réunions Cop. Une prolongation qui serait cependant délicate avec le second tour des élections régionales le 13 décembre.

Le 4 décembre les négociateurs ont adopté une ébauche de texte examinée depuis ce lundi. Ce texte marque des progrès en termes de clarté, et de longueur (il fait au total moins de 50 pages dont 20 pages seulement pour le projet d’accord, avec une réduction des options proposées de 200 à 100 notamment). Mais il laisse en suspens l’ensemble des questions  sensibles alors que des tensions entre les pays du Nord et le groupe des 77sont apparues: niveau des financements, problème de la différenciation entre pays, stratégies de transitions avant 2020 et définition des ambitions post 2020. Ainsi le texte ne tranche pas entre 1,5 et 2 degrés, ni sur la répartition des efforts entre pays, ni sur les moyens à mettre en œuvre pour l’adaptation au réchauffement climatique. Le sujet des pertes et dommages pour les pays les plus vulnérables, inscrit dans le projet, devra être précisé comme celui des rendez-vous de révision de l’accord. Ceux-ci auront lieu tous les cinq ans mais seront-ils accompagnés d’un accroissement des engagements obligatoires ? C’est la demande des ONG, relayée fortement par les Verts au niveau européen et mondial. Mais c’est aussi celle d’un Barack Obama qui y voit un moyen de contourner l’hostilité du congrès.

Autre éléments positif, la mise en place par la présidence française d’une meilleure transparence des négociations pour cette deuxième semaine avec un comité de pilotage qui rendra compte une fois par jour de manière ouverte aux observateurs des ONG .

Dans les prochains jours le projet d’accord va donc très substantiellement évoluer. Entre précision sur les financements, mécanisme de révision, différenciation, pertes et dommages…tout ne sera pas réglé à Paris. Ce qui est en jeu c’est aussi l’invention d’une nouvelle forme de négociation. Après l’échec de Kyoto faute d’un mouvement de ratification global, l’objectif est de trouver un mécanisme contraignant sans créer de blocages et en visant l’universalité. Il faut aussi respecter le principe de la responsabilité commune mais différenciée qui fonde les négociations onusiennes. C’est la procédure de révision qui porte cet espoir associé à une méthode fondée sur la participation volontaire des Etats à travers leurs contributions nationales. C’est donc une forme de pari sur la constitution d’une communauté de vision des Etats à l’échelle internationale qui se joue.

Mais il est aussi devenu de plus en plus évident depuis quelques mois que les Etats n’ont pas tous les leviers en main. Malgré le renforcement des mesures de sécurité à la suite des attentats du 13 novembre, les débats sur la question climatique ont d’ailleurs eu lieu aussi ailleurs qu’au Bourget, à Montreuil avec le village des Alternatives, à Paris avec le sommet des villes. Les collectivités locales, grandes métropoles et régions, le changement des comportements individuels, les ONG, les entreprises sont autant d’acteurs déterminants dont la capacité d’action et d’influence va croissant. La question du climat est désormais débattue à l’échelle planétaire et non plus dans un cercle diplomatique restreint. Il reste à associer ces débats à une pensée du long terme et à des actions efficaces pour tracer les chemins de la transition écologique. Comme le rappelle le GIEC ce sont les 20 prochaines années qui seront déterminantes.

Lucile Schmid membre du bureau exécutif d’Europe-Ecologie Les Verts en charge de la Cop21